Y–a–t’il un petit diabète ? novembre 22, 2009
Posted by rejad in news.trackback
Le diabète sucré de type 2 , anciennement appelé diabète non insulinodépendant , est une maladie complexe. Signalée depuis l’antiquité, cette affection a une prévalence ( c’est-à-dire le nombre total de cas de la maladie dans la population ) variable d’un pays à l’autre, et dans un même pays variant d’un groupe ethnique à un autre , et à l’intérieur du même groupe ethnique , la prévalence est modifiée par le style de vie ; la prévalence globale en Algérie est estimée à 8% .
L’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas par an ,connait une croissance affolante on estime selon les données de la fédération internationale du diabète qu’en 2025, le nombre de diabétiques dans le monde sera de plus de 400 millions ! Cette croissance vertigineuse va poser des problèmes de santé publique et devient une menace pour les systèmes de santé et l’économie mondiale.
Cette maladie chronique se caractérise par plusieurs éléments :
D’abord par son caractère relativement silencieux : le plus souvent, la maladie s’installe d’une manière insidieuse, chez un patient ou une patiente qui semble bien se porter , qui mange bien , et dont la surcharge pondérale plus ou moins importante, présente dans la plupart des cas, est considérée comme un signe de bonne santé. La maladie évolue à bas bruit n’entrainant aucun sentiment de détérioration de la santé, ni inconfort de la vie de tous les jours, et sans créer de « signal » attirant l’attention ( pas de douleur, pas de sensation que quelque chose ne va pas…). Ce caractère insidieux fait que lorsque le diabète est diagnostiqué, le plus souvent « par hasard » à l’occasion d’un bilan pour une raison quelconque mais certainement pas pour rechercher le diabète, la maladie a évolué depuis environ une dizaine d’année et qu’un certain nombre de « dégâts » sur les vaisseaux (que ce soit les petits et on parle de microangiopathie, ou des plus gros vaisseaux et on parle de macroangiopathie) se sont déjà produits . Ailleurs le diagnostic est posé par la pratique d’une glycémie devant une complication neurologique (paresthésie ou sensation de douleurs au niveau des membres inférieurs , surtout nocturnes,…), cardiaque (insuffisance coronarienne) ou vasculaire (artériopathie des membres inférieurs voire gangrène) ou infectieuse (furoncles ou abcès à répétition…). L’objectif est alors d’essayer d’arrêter l’évolution.
Faut-il alors dépister systématiquement le diabète chez toute personne apparemment en bonne ou « trop » bonne santé ? Le dépistage par la pratique du dosage de la glycémie devrait se faire chez les personnes dites « à risque » : sœur ou frère diabétique, parent(s) diabétique(s) assez tôt vers l’âge de 30 ans et répété quelques années plus tard si il est négatif. S’il est positif il permettra une prise en charge précoce qui évitera ou retardera au maximum la survenue de complications. Nous reparlerons plus loin de l’intérêt de traiter convenablement le diabète précocement.
-Ensuite par l’apparente « bénignité » de la maladie. Lorsque le diagnostic est établi fortuitement, c’est chez un sujet qui semble bien se porter . Là dessus ,certains patients et, plus gravement, certains médecins parleront d’ « un petit diabète » !
Ce n’est pas tant ce que les gens ignorent qui cause les problèmes, c’est tout ce qu’ils savent et qui n’est pas vrai. (M. Twain)
Malgré l’absence de toute symptomatologie la plupart du temps, le diabète reste une maladie grave : les complications dites dégénératives en font toute la gravité ; leur survenue est inéluctable si le diabète n’est pas pris en charge , les glycémies équilibrées et les autres facteurs de risque vasculaire maitrisés. Ainsi, chez les diabétiques de type 2, la morbidité et la mortalité sont multipliées par 2 à 3 chez l’homme et par 4 à 5 chez la femme ; environ 30% des malades admis pour maladie coronarienne aigüe sont des diabétiques ; 20% des accidents vasculaires cérébraux surviennent chez des diabétiques ; le taux d’amputations des membres inférieurs est plus de 15 fois supérieur à celui des non diabétiques ; le diabète constitue une des principales causes d’insuffisance rénale terminale conduisant à la dialyse et reste la première cause de cécité acquise non traumatique ;dans le monde, survient chez un diabétique toutes les 12 minutes un accident vasculaire cérébral, toutes les 19 minutes un infarctus du myocarde, toutes les 19 minutes une amputation, toutes les 60 minutes un nouveau cas de dialyse, et toutes les 90 minutes un nouveau cas de cécité. C’est ce qu’a appelé un auteur Allemand , Liebl , « le chronomètre de l’horreur ».. Cependant les complications ne sont pas une fatalité et les études d’intervention, c’est-à-dire comparant les diabétiques avec traitement rigoureux versus traitement moins sévère ont montré le bénéfice net d’un traitement imposant des glycémies les plus proches de la normale associé à la prise en charge minutieuse des « facteurs de risque » vasculaire que sont l’hypertension artérielle, la consommation de tabac, l’augmentation du taux de cholestérol et des triglycérides, le surpoids. Comme j’ai coutume de dire aux étudiants, le traitement du diabète est un tabouret à 3 pieds : le traitement médicamenteux représente un pied, l’hygiène de vie associant la suppression du tabac et une alimentation saine représente un autre pied et la pratique d’exercice physique dont on a largement démontré les effets bénéfiques sur la santé en général et dans le diabète en particulier le troisième pied ; en aucun cas le tabouret ne tiendra si vous supprimez l’un des pieds !
-Ceci nous amène à discuter le caractère particulier du traitement du diabète : il s’agit d’une maladie chronique particulière dont le traitement fait appel au trépied décrit précédemment : le respect de toutes les prescriptions reste indispensable à la prévention des complications. Ceci fait appel à un concept mis en place au départ par les diabétologues qui associent le patient à sa propre prise en charge, le médecin n’étant pas en permanence aux cotés du patient pour évaluer tout ce qu’il fait ! Ce concept est l’éducation thérapeutique ; il ne consiste pas à faire du patient un spécialiste de sa maladie, mais elle touche à la partie de l’éducation directement liée au traitement (curatif ou préventif), qui est le rôle traditionnellement exclusif du soignant. L’OMS en donne la définition suivante : « l’éducation thérapeutique du patient est un processus continu , intégré aux soins et centré sur le patient. Elle comprend des activités organisées de sensibilisation, d’information, d’apprentissage et d’accompagnement psychosocial qui concerne la maladie, le traitement prescrit, ainsi que les comportements de santé et de maladie du patient Elle vise à aider le patient et ses proches à comprendre la maladie et le traitement, à coopérer avec les soignants, à vivre le plus sainement possible et à maintenir ou améliorer la qualité de sa vie. L’éducation devrait rendre le patient capable d’acquérir et de maintenir les ressources nécessaires pour gérer de façon optimale sa vie avec la maladie ».
- Traiter précocement et d’une manière intensive un diabète nouvellement diagnostiqué aura des effets bénéfiques à long terme : c’est ce qui ressort d’une étude récente , résultat d’un suivi de plus de 20 ans de diabétiques ; ceci doit encourager les médecins et les patients , dont la difficulté du traitement de cette maladie inguérissable pour le moment entraine probablement une altération de la qualité de la vie . Il va de soit qu’il y a un certain nombre de privations , mais comme l’a souligné le Pr Guillausseau , diabétologue de renom, « les résultats d’études nous ont appris que ces contraintes étaient peu de chose si l’on en comparait le poids à l’atteinte de la qualité de vie induite par chacune des complications, oculaire, rénale, cardiovasculaire ou nerveuse ».
Alors peut-on encore parler de « petit diabète » ? Certainement pas compte tenu du poids des complications que cette maladie insidieuse peut engendrer. Son traitement est difficile, ne se limitant pas à prendre quelques comprimés ou à injecter quelques unités d’insuline. Le traitement doit associer médicaments, hygiène de vie, activité physique ; l’assiduité aux consultations, le dépistage annuel des complications, le suivi régulier des glycémies par autosurveillance à l’aide de lecteurs de glycémie hautement performants et de maniement facile sont des éléments qui permettent d’équilibrer le diabète et d’éviter ces complications qui en font toute la gravité.
Dr M. Arrar, Diabétologue










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